L’Ennemi ? Nous l’avons embauché !

 

 

YAN BARCELO

Un auteur américain écrivait : « Nous avons enfin rencontré l’ennemi. En fait, nous l’avons élu. » Trait fort spirituel et amusant, mais inadéquat. Il faudrait aujourd’hui reprendre son mot comme suit : « Nous avons bel et bien rencontré l’ennemi. En fait, nous l’avons embauché. » Et nous l’avons embauché en lui allouant une sécurité d’emploi mur à mur.

Je parle évidemment de la fonction publique, tant à Ottawa qu’à Québec. On se plaint beaucoup des politiciens, de leur duplicité, de leur superficialité, du fait qu’ils sont « vendus » – au grand capital surtout. Tout cela est justifié dans une grande mesure. Mais il y a bien pire pour notre pays que ses politiciens. Il y a sa fonction publique, et surtout, ses hauts fonctionnaires et mandarins.

Quand nous nous plaignons du saccage qui a été fait à l’endroit de nos grandes institutions, combien l’éducation a été dénaturée, la justice, travestie, la santé, désorientée, c’est davantage aux pieds des ministères et de leurs hordes de fonctionnaires qu’il faut déposer le blâme qu’aux pieds des politiciens.

L’équation gouvernementale tient à une réalité très simple que nous, électeurs, négligeons de tenir en mémoire. Les politiciens sont élus en poste pour une période de 4 ans; s’ils sont chanceux, 8. Durant ces 4 ou 8 ans, sauf dans le cas du premier ministre, les ministres jouent à la chaise musicale. Pour faire une moyenne brute et très approximative, je dirais à vue d’œil qu’un ministre reste généralement en poste au plus deux ans.

Les fonctionnaires, eux, sont en poste 25 ans, parfois 30 et plus encore. Où est-il, le pouvoir, pensez-vous? Où réside l’information? Où réside la possibilité de glisser aux médias des dossiers compromettants capables de défaire un ministre, de discréditer n’importe quelle politique qu’il pourrait mettre de l’avant, même de faire crouler un gouvernement.

Quand un ministre entre en poste, il est immédiatement pris en charge par son cabinet de hauts fonctionnaires qui, entre autres objectifs, ont la ferme intention de le domestiquer. Pour que ce dernier réussisse à prendre le dessus sur son personnel, à voir clair dans les détours byzantins de leurs politiques et pratiques officieuses, à ne pas trébucher dans toutes leurs priorités secrètes, il lui faut au moins deux ans. Puis, ces deux années passées, il doit déjà se remettre en branle pour les prochaines élections, ce qui le remet à la merci de ses fonctionnaires. Ce n’est que s’il gagne un deuxième mandat qu’un gouvernement élu peut espérer mettre la main sur la bête féroce et léthargique qui est supposée accomplir ses volontés politiques.

Et encore! Les libéraux, au Canada, ont eu de longues périodes de règne pour s’immiscer dans les recoins de la fonction publique et y incruster ses hommes et ses façons de voir. Les conservateurs, eux, n’ont jamais vraiment eu le temps d’y parvenir.

On se demande pourquoi nos institutions sont si perverties et imperméables au changement. Par exemple, pourquoi l’éducation au Québec continue-t-elle inexorablement de se détériorer et de produire un programme farfelu après l’autre malgré la volonté affichée de quantité de ministres qui semblent déterminés à changer les choses pour le mieux? La réponse tient à l’immense force inertielle qui réside dans la masse des fonctionnaires, tous dotés d’une assurance d’emploi intouchable, et qui portent pour la plupart une arrogance formidable : la certitude, héritée de leur formation universitaire, d’être capables de transformer la société à leur guise par des manœuvres répétées d’ingénierie sociale. Le phénomène a un nom : la « technocratie ».

J’en viens à la question des élections prochaines? Comme tout un chacun, je n’ai pas voté pour les fonctionnaires qui mènent ce pays. Remarquez, je crois qu’une fonction publique de haut calibre est nécessaire à un pays, et il est bon qu’elle ne soit pas constamment réorientée au gré de n’importe politicien opportuniste qui atterrit dans le siège d’un ministre. Cela étant dit, je crois que la fonction publique doit être rendue beaucoup plus souple et malléable à la volonté politique. Mais à la taille qu’affiche actuellement la fonction publique et en tenant compte de l’immunité que lui confère sa sécurité d’emploi, c’est un ordre de choses que nous ne sommes pas près de voir advenir.

Or, je ne voterai certainement pas pour les libéraux, les principaux artisans de cette fonction publique démesurée sous laquelle le pays ploie. Je ne voterai pas non plus pour le NPD; ce parti, par son idéologie interventionniste, ce qui est aussi le cas des libéraux, ne peut être qu’un générateur incontinent de jobs de fonctionnaires, de bureaux, de comités et de programmes de toutes sortes. Quant au Bloc, par sa génétique même, l’accès au pouvoir lui est interdit et je ne vois tout simplement pas l’intérêt de souscrire à sa résistance passive.

Ne restent plus que les conservateurs. Stephen Harper en a contre la fonction publique et sa taille démesurée. Il en a contre l’obésité du gouvernement et, très lentement, il est en train de tailler dans le gras pour ramener l’appareil étatique à des mesures plus… humaines. Pourrait-il en faire plus et plus rapidement? Très certainement, mais il faut tenir compte de la nature de la bête et de son infinie capacité de résistance et d’agressivité passive. Ce travail d’érosion ne peut pas être déclaré de façon affichée de peur que la bête ne se cabre. C’est une guerre qui doit être menée secrètement, mine de rien, en visant ultimement à châtrer la créature.

Je crois, mais je n’en suis pas certain, que Harper et son équipe mènent cette guerre nécessaire. Et c’est la principale raison pour laquelle je prévois voter pour ce parti.

Le parti conservateur est-il une option idéale? Certainement pas. Il y a nombre de reproches que j’entretiens à son endroit. Le principal, c’est qu’il est à la solde de l’idéologie du libre marché et de la « globalinanité ». Comme tant d’autres acteurs politiques, les conservateurs ont sacrifié à ce lavage de cerveau planétaire. Mais ils ne sont pas les seuls. Les libéraux sont dans la même galère. Quant au NPD, il n’est qu’une version plus souriante de l’idéologie de « gouvernemaman ».

Par ailleurs, je sais gré à Harper de ne pas souscrire au faramineux bobard de l’origine humaine du réchauffement climatique, alors que tant d’autres gouvernements dans le monde s’y abonnent. Est-ce à dire qu’il ne faut pas se préoccuper d’environnement? Ne soyons pas stupides. Par contre, il serait difficile de trouver façon plus absurde de dépenser les deniers publics qu’en cherchant désespérément à contrer un phénomène climatique qui échappe presque entièrement à tout contrôle humain. Il s’avérera beaucoup plus intelligent et immensément moins dispendieux d’œuvrer à nous adapter aux changements inévitables qui s’annoncent. Et qui ne dureront qu’un temps. N’oublions pas que nous sommes déjà à l’an 12 500 d’une période interglaciaire qui, en moyenne, ne s’étale que sur 10 000 à 12 000 ans. Nous nous acheminons avec plus de certitude vers un nouvel âge glaciaire. Dans 50, 100 ou 500 ans, nous nous préoccuperons beaucoup plus désespérément de réchauffer la planète que de la refroidir.

Mais ma principale raison de souscrire au parti de Stephen Harper tient à la volonté de celui-ci de contenir l’appareil gouvernemental et à la guerre silencieuse qu’il a déclarée à l’hypertrophie de la fonction publique. Son style plus secret, sa façon de toucher aux choses sans en avoir l’air sont très bien assortis pour ce type d’opération. Son parti n’a eu que trois ans pour se frotter à la bête et en prendre la mesure. Je crois qu’un nouveau mandat de quatre ans ne sera pas superflu.

Yan Barcelo

Ce contenu a été publié le 17 avril 2011 dans 7 de Garde par Yan Barcelo sous le titre « Mater Gouvernemaman« .  Voyez les commentaires auxquels il a alors donné lieu.

 

2 réflexions au sujet de « L’Ennemi ? Nous l’avons embauché ! »

  1. Vous croyez en la validité gouvernemental d’un établishement? Un gouverneMENT voté d’un peuple de par son pseudo droit de parole de par sa voix? Rien de tout cela n’est possible dans se monde de fiction. Le CANADA de la DOMINION OF CANADA n’est que corporation auquel ses actionnaires NOUS, de part notre voix de notre corporation qui plutot élisons un conseil administratif de la dite cie. Comme toute corporation possèdes sa charte de loi, la DOMINION n’y fait pas exception. La banque centrale du CANADA est un institution privé qui elle l’est de même de la banque central d’Angleterre. vous pensez et agissez exactement comme ils le veulent que vous le croyez. Dupez la masse populaire a de fausse croyance l’ÉLITE y est maître en la matière. Apprenez qui vous êtes, de votre création d’être le sujet a part entier de la reine, débiteur de la dette odieuse souveraine. A lire et comprendre le principe:http://www.free-energy-info.co.uk/Chapter15F.pdf
    et pour suivre:http://www.mecanopolis.org/wp-content/uploads/2010/11/Des-pions-sur-l_echiquier.pdf
    Ensuite retracerez vous encore le même ennemis.L’ennemis est plutot celui qui en forcera les privatisations ce qui favorise l’établishment hautement supérieur qu’en se moment même. Hitler la déja fait et l’histoire se répète encore.

  2. Monsieur Yan Barcelo ,

    vous invitez aux commentaires , et j’y ai été ; j’ai vu Louise , SD. J’ai vu aussi Aimé Laliberté et Marc Lafontan qui se demandait qui était JMDS.

    On était en 2011 , je rajouterais à mon commentaire du 17 avril 2011 à 13 h 33 minutes que rien n’a changé pour le Canada avec Harper , on était un pays de paix et là on dépense des milliards pour la guerre , pourquoi eo en est rendu à ceci ? Tout simplement parce que les zuniens n’ont plus les moyens d’aller en Guerre et on délite sur le Canada.

    C’est dangereux d’agir ainsi , on a confier la gestion de la guerre à un Planteur de patates qui considère qu’une femme = un chien. === De rien Madame Bélinda Stronach , long time no see you , but I love you yet.

    Peter McKay , pourquoi envoyer des soldats partout pour leur apprendre à faire la  »GUERRE » ? La nouvelle est de ce matin , Jésus-Christ de Patate pourrite.
    Jean-Marie De Serre.

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