De Woerth à Cahuzac

OLIVIER CABANEL

Médiapart a tiré le premier, faisant mentir les mauvaises langues qui lui reprochaient de ne s’en prendre qu’aux ministres du gouvernement précédent, et de fermer les yeux sur d’éventuelles dérives des élus de l’opposition.

C’est donc Jérôme Cahuzac qui est la cible aujourd’hui des journalistes de Médiapart, et ceux-ci ont mis la main sur de troublantes révélations, ayant découvert, d’après une conversation téléphonique, que le ministre actuel du budget, avait manifestement un compte en Suisse, et tentait de faire migrer ce bel argent dans un autre paradis fiscal, Singapour en l’occurrence.

Le ministre nie obstinément avec la plus grande fermeté affirmant ; « je n’ai pas, je n’ai jamais eu, de compte à l’étranger. Ni maintenant ni avant ».

Mais Médiapart persiste et signe, et s’étonnant que le ministre ne porte pas l’affaire devant la justice, demande une enquête au procureur. lien

Alors s’il est vrai que Cahuzac a déposé 2 plaintes en diffamation contre Médiapart, cette procédure entraîne la nomination d’un juge d’instruction, lequel ne s’attachera pas à explorer la réalité du dossier, mais sera de pure forme, déplore Médiapart. lien

Bien sûr, le ministre assure avoir demandé, par l’intermédiaire de son avocat, une « confirmation négative  » de la part de la banque suisse, connaissant peut-être la réponse d’avance, laquelle a évidemment répondu : « par principe, nous n’accédons pas à ce type de requêtes et n’établissons pas de confirmation négative ». lien

Mais si cette affaire ne concerne que l’UBS, il y a d’autres banques en Suisse, et grâce à Hervé Falciani,lequel après avoir alerté en vain la direction de sa banque, (HSBC) avait finalement transmis des listes à la justice française, on sait aujourd’hui qu’ils sont 8231français à avoir un compte en Suisselien

Mais voila, ces listes, d’après Falciani, auraient été « caviardées » par ceux qui en avaient accusé réception au ministère de l’économie d’Éric Woerth.

Cela avait tout de même permis au gouvernement d’alors de récupérer 1,2 milliards d’euros de redressement fiscaux, même si la justice à l’époque s’était contentée de s’intéresser à 12 cibles, soupçonnées de blanchiment d’argent sale.

Pourtant le ministère du budget d’alors disait avoir en sa possession une liste de 3000 noms à partir des données de Falciani.

Un flou reste dans cette affaire de « vol de données », car si la banque avait assuré qu’à sa connaissance, le vol concernait moins de 10 clients, ils seraient malgré tout  24 000 détenteurs de compte, dont 9000ont quitté la banque depuis, portant à 15 000 le nombre de restants. lien

En tout cas, le petit milliard récupéré par Bercy pourrait faire des petits, si le ministère du Budget utilisait la totalité des noms figurant dans la liste en sa possession, d’autant que si l’on en croit Antoine Peillon, journaliste à « la Croix » et auteur du livre « ces 600 milliards qui manquent à la France  », le montant de l’argent planqué en Suisse serait de l’ordre de 106 milliards d’euros (lien) et la totalité des avoirs français dans le Monde se monterait dans une fourchette située entre 17 000 et 25 000 milliards d’euros.lien

Quand aux taxes sur les transactions financières, si elles étaient appliquées avec rigueur, Jean luc Mélenchon les estime à 100 milliards d’euroslien

Revenons à Hervé Falciani, le lanceur d’alerte, il a passé 6 mois dans la prison de Valdemoro, enEspagne, pour violation du secret bancaire, de soustraction de données et soupçonné d’espionnage économique, ce qui semble une piètre récompense pour avoir lancé l’alerte.

Il en est sorti le 18 décembre dernier, mais il reste sous contrôle judiciaire. lien

Falciani souhaite aujourd’hui témoigner devant les institutions européennes et internationales, lesquelles ne semblent pas pressées de l’entendre. lien

Mais revenons à notre ministre du budget et écoutons ce que Médiapart en dit.

Il remarque que jamais Jérôme Cahuzac n’a démenti l’authenticité de l’enregistrement.

Or que dit cet enregistrement ?

Nous sommes à la fin de l’an 2000, et il est candidat aux municipales de mars 2001, et il commet une bévue en rappelant involontairement un correspondant, alors qu’il discute avec une autre personne, son chargé d’affaires, lui parlant de son compte suisse à l’UBS.

Extraits : « moi ce qui m’embête, c’est que j’ai toujours un compte ouvert à l’UBS, mais il n’y a plus rien là-bas, non ? La seule façon de le fermer, c’est d’y aller ». (audio) et Il ajoute : « ça me fait chier d’avoir un compte ouvert là-bas. L’UBS c’est quand même pas forcément la plus planquée des banques ». audio

La totalité de l’enregistrement est sur ce lien.

En Islande, banksters, élus corrompus sont, soit en prison, soit en fuite … sont-ils partis, comme d’autres, en Russie ? lien

L’Obélix du petit village gaulois « qui résiste encore et toujours à l’envahisseur romain  » est en fin de compte russe, considérant que ce pays est un exemple de démocratie, (lien) dédaignant manifestement le banquet que la petite ville belge de Néchen se proposait de lui offrir, à l’instar des banquets du petit village gaulois lien.

Cette déclaration « d’exemple de démocratie » a surpris les opposants au pouvoir russe, et ceux-ci avec humour, ont invité notre Obélix, invitation qu’il ne préfèrera pas à la proposition faite par Poutine de le nommer ministre de la culture.lien

En effet, Edouard Limonov, le célèbre écrivain russe, a proposé a Depardieu de manifester avec l’opposition, mais il n’est pas sûr que l’ex français accepte l’invitation. lien

Mais revenons à Jérôme Cahuzac.

Une autre piste est troublante, car l’existence du compte du locataire de Bercy était connue par son prédécesseur, un certain Eric Woerth, grâce un agent du fisc, Rémy Garnier, lequel est poursuivi administrativement pour avoir consulté le dossier fiscal de Jérôme Cahuzac, évoquant le compte bancaire à numéro en Suisse de ce dernier.

D’ailleurs, il n’est pas inutile de remarquer les nombreuses convergences entre les 2 ministres du budget qui se sont succédés

Tous les 2, lorsque les « affaires » sont arrivées ont eu la même réaction, la dénégation, l’indignation, évoquant des calomnieslien et lien

Tous les 2 se trouvent impliqués dans des activités qui laissent planer la possibilité d’un conflit d’intérêt.

Cahuzac, dont une partie de la fortune serait investie dans l’industrie pharmaceutique, (lien) et Woerth qui avait offert en son temps une légion d’honneur à un expert comptable, un certain Bernard Godet, celui là même qui, en temps que commissaire aux comptes, avait certifié en 2009 l’exercice du micro parti deWoerth, lequel avait pourtant reçu un chèque de soutien signé Liliane Bettencourtlien

Médiapart avait noté la proximité entre Woerth et Cahuzac, remarquant que celui-ci, lors de l’affaireBettencourt, avait déclaré sur Radio J «  il n’y a ni affaire Woerth, ni affaire Bettencourt », affirmant qu’Eric Woerth était un « honnête homme  ».

Cette « bénédiction » de Cahuzac à Woerth a été confirmée récemment, puisque Médiapart, une fois de plus, évoque le mémoire de 19 pages, déposé le 24 décembre 2012 au tribunal administratif de Paris, dans lequel le ministre du budget affirme que la vente controversée de l’hippodrome de Compiègne, et des terrains forestiers, réalisée en 2010 par Eric Woerth était parfaitement légale. lien

On se souvient qu’en octobre 2009, le ministre du budget d’alors avait fait un joli cadeau à Antoine Gilibert, (lien) membre éminent de l’UMP, et qui présidait la SCC (Société des Courses de Compiègne) en lui permettant d’acquérir contre 2,5 millions d’euros les 57 hectares comprennant l’hippodrome et le golf, lesquels valait 10 fois plus. lien

Ce mémoire est assez troublant.

On peut y lire que « le bien vendu n’est pas une forêt, mais une simple parcelle boisée », que « la vente n’avait pas à être précédée d’une publicité et d’une mise en concurrence », et que « le bien vendu ne pouvait être vendu qu’à l’occupant actuel, la Société des courses de Compiègne ».

On découvre aussi que « les parcelles cédées n’appartenaient pas au domaine public » mais « au domaine privé de l’Etat »…lien

Pourtant un décret de 2004 affirme clairement que la cession d’un bien de l’Etat doit « être précédé d’une procédure de publicité et de mise en concurrence ». lien

En tout cas, une chose est sûre : Eric Woerth doit être rassuré, même si l’affaire Bettencourt est toujours en cours.

Interrogé le 5 septembre 2012, Woerth continue à nier tout en vrac, mais n’a pas, semble-t-il, réussi à convaincre le juge bordelais Jean Michel Gentil.lien

Jérôme Cahuzac, dément lui aussi avec la dernière énergie, (lien) et semble dans une mauvaise passe, ce qui risque de plomber un peu plus la popularité en chute libre de ce nouveau gouvernement. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « il faut accepter les coups de pieds de la vache comme on accepte son lait et son beurre  ».

L’image illustrant l’article provient de « www.centerblog.fr&raquo ;

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel


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