Rébellion factice!!!

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ANDRE LEFEBVRE
ANDRE LEFEBVRE

Note : Cette image est celle d’un homme du peuple. « Il ne se prend pas pour un autre » et n’est certainement pas un « mouton ».

Le 10 novembre 1822, à Maskinongé, naissait mon ancêtre subséquent, fils d’Ignace Lefebvre et de Marie Gervais. C’est lui qui aura été le copain de jeunesse de François-Xavier Aubry dont j’ai parlé dans l’article précédant. Par contre, à son époque, Aubry n’est pas le seul « héros » canayen à se manifester. Mais commençons par l’Acte de baptême de Martin Lefebvre sr.

Ignace, père de Martin sr, habitait là où sera constituée la future paroisse de Ste-Ursule. Par contre, à cette date, il faisait encore partie de la paroisse de St-Joseph de Maskinongé. Ce n’est qu’en 1855 que sera constituée celle de Ste-Ursule.

Le parrain de Martin sr se nomme Joseph Clément et sa marraine, Françoise Clément. C’est sur ce baptistère qu’on apprend qu’Ignace père ne sait pas signer son nom.

Martin épouse Suzanne Turner le 25 octobre 1845. Il est âgé de 23 ans et Suzanne, de 13 ans. Elle décèdera le 5 février 1867 à l’âge de 36 ans, à Montréal.

Voici l’acte de mariage :

On remarque qu’à la naissance de Martin sr, son père Ignace est « journalier » et qu’à son mariage, Ignace est maintenant « menuisier ». On ne mentionne pas qu’il fut « bûcheron »; donc je ne peux pas affirmer qu’il l’aie été.

Sur le recensement de 1851, Martin sr et Suzanne Turner semblent avoir deux enfants. L’un appelé Marcel âgé de 4 ans et l’autre Rose-Anne âgée de 2 ans.  Martin sr y est âgé de 26 ans, ce qui n’est pas exact puisqu’il est né en 1822; il est donc âgé de 29 ans. Suzanne, elle, y est âgée de 19 ans, ce qui est exact, étant née le 10 décembre 1832.

Par contre ce petit « Marcel » est plutôt Martin et il serait âgé, non pas de 4 ans mais de 7 ans. Le prénom de l’enfant est une erreur du recenseur; mais pourquoi falsifier les âges? Il n’est pas possible que Suzanne et Martin sr ne sachent pas que Martin jr est âgé de 7 ans et non de 4 ans. Il faut bien admettre que c’est là, l’œuvre de Martin sr et de Suzanne, ses parents. D’autant plus que les « falsifications » d’âge du petit Martin et celle de son Père (3 ans) sont les mêmes. Quelle peut en être la raison? Je ne sais pas du tout et je ne peux l’expliquer. Peut-être que le recenseur était reçu chez chacun des habitants avec un petit coup de « caribou » et qu’il est passé chez Martin à la fin de l’après-midi?

Martin sr est menuisier de métier comme son père. Le couple déménage à Montréal avant le décès de Suzanne en 1867.

Après le décès de Suzanne, Martin sr épousera Catherine Casavant dit Ladebauche, le 26 août 1867 à Montréal.

À partir d’ici, ça devient un peu « dangereux » pour la renommée de la famille:

La fille de Martin sr, appelée Rose-Anne, épouse Damase Dubé le 8 mars 1886 à Montréal où son père, Martin sr, signe le registre. Si elle avait deux ans lors du recensement de 1851, elle s’est mariée à l’âge de 37 ans (encore une fois, un âge très avancé pour une femme de l’époque), tandis que son frère Martin jr, à l’âge 19 ans, épouse Cordélia Laporte en 1872. Rose-Anne avait 18 ans lorsque sa mère est décédée et son père s’est remarié six mois plus tard. Elle serait donc restée chez son père jusqu’à l’âge  37 ans. Rose-Anne épousera, en seconde noce, un dénommé Timothée Desrochers en 1894 à Montréal.

Ce Damase Dubé, premier époux de Rose-Anne, est le fils de Francois Dubé né le 30 oct 1823 à Louiseville (il est fils de Jean Dubé et de Josephte Bélanger, mariés à Louiseville le 21 janvier 1805) qui a épousé Émilie Larivière le 16 octobre 1854 à Montréal. Par contre, Catherine Casavant dit Ladebauche est veuve d’un François (Xavier) Dubé, « voyageur » de profession, né aussi à Louiseville, mais le 2 juin 1820. (Il est  fils de Jean Rock Dubé et Thérèse Bélanger mariés également à Louiseville); mais ce François Dubé épouse Catherine Casavant le 25 novembre 1854 à Montréal. Ces deux personnages semblent le même François Dubé.  On les a unifié sur le site généalogique « Mes Aïeux »; mais le couple du 16 octobre 1854 auront trois enfants, Damase, François et Napoléon. Ce couple aurait donc eu trois enfants en l’espace de 40 jours; ce qui me semble un miracle style « multiplication des pains ».

En réalité, les deux individus sont frères; l’un s’appelle « François » né en 1820 et l’autre « François-Xavier » né en 1823. Catherine Casavant, seconde épouse de Martin Lefebvre sr est donc la tante du Damase Dubé, époux de Rose-Anne Lefebvre (j’ai proposé la correction chez Mes Aïeux, qui fut acceptée). Ouf! Un autre cas de bigamie d’évité de justesse!

Catherine Casavant décède le 5 janvier 1894 et est inhumée à la paroisse St-Jean Baptiste de Mtl. Martin sr est alors âgé de 72 ans. Il décèdera le 8 juillet 1901 à Montréal âgé de 79 ans.

Martin sr était menuisier-charpentier. Il arrive à Montréal avant le décès de Suzanne Turner, sa première épouse. J’ai pu retracer ses adresses à Montréal dans les registres d’adresses de la ville de cette époque. C’est assez curieux de pouvoir visiter les maisons où mon ancêtre a vécu.

Avant son arrivée à Montréal, des « héros » canayens, autres que François-Xavier Aubry,  s’y sont manifestés. Je parle de ceux que nous appelons : « Les Patriotes » de 1837 et 1838. Martin sr est âgé de 15 ans lors de la rébellion de 1837. Il demeure encore, évidemment, chez son père Ignace Lefebvre, à Maskinongé. Tous les enfants de la famille sont mineurs lors de cette révolte. La famille subit toutefois le climat social et politique qui mène à cet événement important de l’histoire des « Canayens ».

Une facette rarement soulignée au sujet de cette « révolte des Patriotes » est qu’elle est un événement conjoint et presque simultané de rébellion du Haut et du Bas-Canada.  Au Bas-Canada, le but principal de la rébellion est d’abattre cette oligarchie des marchands qui a prit le pouvoir. Le développement des prémisses s’installent entre 1790 et 1800 durant la traite de la fourrure et le mouvement s’est, ensuite, amplifié lors de l’essor de l’industrie forestière à partir de 1810.  Au Haut-Canada le problème est similaire; c’est-à-dire qu’on s’y rebelle contre le contrôle du gouvernement par une minorité de riches, élites de cette société.

La rébellion du Bas-Canada est dirigée par les frères Wolfred et Robert Nelson, et par Louis-Joseph Papineau qui avait été élu la première fois, en 1792. Année où Pierre Lefebvre fuit le Québec vers l’Ouest.

Les « Canayens » réalisent peu à peu que l’acte constitutionnel de 1791 ne leur permet pas de s’administrer eux-mêmes.  La « clique » des marchands anglais s’est approprié du contrôle du gouvernement.  L’élite canadienne française comprend finalement que pour faire valoir ses droits, elle doit contrôler le Conseil exécutif. Droits qui permettront d’assurer et d’organiser le développement de leur province peuplée majoritairement de « Canayens ».  Ce désir de contrôler l’exécutif pousse les chefs politiques « Canayens » à réclamer ce qu’on appelle à l’époque : « le Gouvernement Responsable ».  Ce concept gouvernemental date de 1742 en Angleterre présenté par Robert Warpole.  Au Canada on n’obtiendra un « Gouvernement Responsable » qu’en 1848 (106 ans plus tard), coïncidant avec le retour de Louis-Hyppolite Lafontaine à la tête du gouvernement.

C’est le rapport de Lord Durham qui qualifie la rébellion des patriotes de 1837 comme étant une question « ethnique » et « culturelle ».  C’était là, l’argument principal des Écossais et des Anglais du Canada depuis belle lurette. Cette fausse interprétation « nationale » fut appuyée par notre clergé. À mon sens, cette prise de position est une trahison de la nationalité « canayenne ». Faire croire que les « Canayens » étaient des « Français abandonnés » par leur « Patrie » ne servait qu’à étouffer la vraie nationalité « canayenne » existant depuis 1629. Le but était de tuer cet esprit d’indépendance et d’affaiblir la « bonne étoffe » du citoyen dont avait parlé Bougainville en 1759.  Les « nationalistes » d’aujourd’hui ont malheureusement adopté ce concept Anglais, tout à fait inexact pour identifier notre nation. Il est clair que la rébellion de 1837 n’était pas du tout une question de « nationalité française».

La situation, au départ, est que l’assemblée législative du Bas-Canada a le pouvoir de passer des lois ; mais que le Gouverneur peut rendre inopérantes les lois votées, parce qu’il détient les cordons de la bourse.  Comme il fait partie de la « clique » marchande britannique, il nomme des « incompétents riches » à des postes de commande.  Ceux-ci influencent les élections et bloquent l’accès des « Canayens » au fonctionnariat.  Ce qui n’est vraiment plus le cas aujourd’hui, on se doit de l’admettre. Sauf que ceux qui y accèdent ne sont plus « Canayens ». Ils sont « Québécois ». Il y a une « nuance » très importante.

Les « Canayens » de l’époque, qui parviennent à obtenir un poste de fonctionnaire, sont rémunérés à 13,500 louis, comparativement aux Anglais, qui le sont à 58,000 louis pour le même poste.  Les juges Anglais obtiennent 28,000 louis contre 8,000 par les juges Canayens.  Les titres fonciers sont de plus en plus difficiles à acquérir pour les « Canayens » à qui on ajoute constamment des obstacles.  Pendant ce temps, Londres attribue des terres partout, sans consulter le Parlement Canadien.  La nation Canadienne, incluant les anglophones ET les francophones, n’a plus aucun pouvoir.  C’est ce qui met le feu aux poudres.   On y reconnaît déjà, cependant, la « politique dé-nationaliste » qui servira à abattre les Métis.

Le Parti Patriote existe depuis 1826.  Il s’oppose au « Tory Party », (constitués d’Écossais et d’Anglais) qui lui, est très largement minoritaire à l’assemblée législative; mais qui possède le contrôle des deux conseils sous les ordres du Gouverneur de la colonie.

La confrontation dure déjà depuis longtemps.  L’arrivée de James Henry Craig, en 1806, comme lieutenant gouverneur du bas-Canada, n’avait pas amélioré la situation.  Il est un Écossais maladif, au lit la plupart du temps.  Il doit donc se fier à ses « amis » Tory pour connaître la situation politique canadienne.  Il est alors porté à favoriser le parti des Britanniques face au « Parti Canayen » qui deviendra « le Parti Patriote ».

Le Parti  «Canayen » est dirigé par Stanislas Bedard qui veut une réforme constitutionnelle  obligeant le conseil exécutif à être responsable devant les élus du peuple.  En 1810, Bedard est emprisonné, pour sédition sous des accusations forgées de toutes pièces.

Sans preuves, le gouverneur Craig est forcé de le libérer; mais celui-ci refuse de sortir de prison aussi longtemps qu’il n’aura pas subit de procès.  Deux fois, en 1809 et 1810, Craig dissout la chambre dans l’espoir que le parti britannique gagnera les élections qu’il provoque de cette façon.  Peine perdue; et c’est à ce moment-là qu’il fait emprisonner Stanislas Bedard.  Celui-ci passe plus d’un an en prison.

En 1815, Louis-Joseph Papineau devient chef du parti.  Il poursuit la même politique que Bedard; sauf qu’il développera la notion du « patriotisme Canadien-français» chez les « Canayens ». C’est là l’une des raison pourquoi je considère Pierre Lefebvre, décédé en 1815, comme l’un des derniers « vrais Canayens ».  En 1826 le Parti devient le « Parti Patriote ».  Et c’est en 1834 que la chandelle s’installe au-dessus de la poudrière.

Cette année-là, on présente à la chambre d’assemblée, 92 résolutions.  Elles incluent les demandes 1) d’un « Gouvernement Responsable », 2) l’élection des membres du conseil exécutif et, 3) avoir plus de « Canayens » aux postes administratifs du pays.  On envoie ces résolutions au parlement de Londres, parce qu’on estime que celui-ci n’est pas au courant des abus qui se déroulent au Bas-Canada.  C’est bien là une preuve que les « Canayens » font toujours confiance au gouvernement de Londres et qu’ils n’ont pas du tout cette mentalité « anti-anglaise » décrite par les « Tory ».

Les « Canayens » sont conscients que le problème est essentiellement le contrôle détenu par cette « clique » des marchands Écossais et Anglais du Canada.  Par contre, la tactique de mettre tous les problèmes dans un seul sac, et de l’envoyer à Londres, n’est pas très adroite.  Le problème le plus grave étant le contrôle du gouvernement, on aurait dû s’attaquer exclusivement à celui-là.  En ajoutant les autres, on diminuait l’importance du premier et on ouvrait plusieurs « portes de sortie » à l’opposition. Nous savons, aujourd’hui, que ces 92 résolutions furent écrites par Louis-Joseph Papineau. Ce qui appuie mon opinion qui viendra plus loin.

La réponse aux 92 résolutions arrive en mars 1837.  Malgré plusieurs ardents défenseurs dont John-Arthur Roebuck et les démarches londoniennes nombreuses de Denis Benjamin-Viger et d’Augustin-Norbert Morin, tout est rejeté.  Lord Russell, du parti « Whig », avait pourtant combattu pour le « Reform act 1832 » qui avait servi à enlever le pouvoir des mains des riches propriétaires fonciers en Angleterre.  Problème identique à celui du Haut-Canada et similaire à celui du Bas-Canada.

Le parti « Whig » au pouvoir en Angleterre, refuse toutes les 92 résolutions des « Canayens » et les remplacent par les 10 résolutions de Lord Russell.  Il faut dire que Russell s’était basé sur le rapport d’enquête de Lord Gosford; qui n’occupait la position de Gouverneur en chef que depuis deux ans.  Donc, pas tellement renseigné sur la situation du Bas-Canada.  À quel point la « clique » des marchands Écossais et Anglais influence Gosford, est difficile à dire mais facile à comprendre.  Une chose est cependant notoire : il est Irlandais.

Dire que Russell considère que l’acceptation des 92 résolutions est de céder aux intérêts de rebelles violents, n’a aucun sens, puisque la rébellion n’a pas encore eu lieu lors du rejet.  Par contre, si vous lisez le texte de ces 92 résolutions, il est difficile de ne pas remarquer les répétitions et la lourdeur du style qui rend sa lecture fastidieuse.  Cette lecture l’est-elle plus que les autres textes ?  Peut-être pas, mais elle l’est plus que les dix résolutions de Russell, en tous les cas.

Les résolutions Russell permettent au gouverneur d’utiliser les fonds publics sans obtenir l’accord de la chambre d’Assemblée. Rien n’est changé.  C’est signe d’une complète incompréhension du problème de la part du gouvernement de Londres.  Lorsqu’on lit ces résolutions, on a l’impression que le seul dilemme est le remboursement d’une dette de 142,160 livres, 14 sols et 6 deniers.  Ce qui indique à quel point le problème du Bas-Canada avait été mal présenté par le Parti Patriote ou très bien occulté par le parti « Tory » canadien.

Une phrase que l’on peut lire dans Wikipedia, sous-entend un petit quelque chose d’ambigüe au sujet de la rébellion de 1837 :

« Au cours du printemps et de l’été 1837, les chefs réformistes, dont le principal était Louis-Joseph Papineau, chef du Parti Patriote, ont tiré parti des tensions politiques de longue date pour mettre sur pied une large force rebelle. »

La question devient : Est-ce que Louis Joseph Papineau a MOUSSÉ la tension politique pour parvenir à ses fins qui auraient été la reconnaissance du fait Français au Bas Canada, où est-ce que c’est simplement le rejet des 92 résolutions qui ont fait perdre patience aux Canayens ?

Les historiens qui viendront un peu après cette époque adopteront, pour la plupart, l’option de la défense du « fait français ».  C’est une erreur ou même, une « falsification » de la réalité politique de l’époque. Peut-être pas aux yeux de Papineau qui avait intérêt à se dire un « Seigneur d’origine française », mais certainement aux yeux de la population de nationalité « canayenne ». On a là, une explication probable du départ de Stanislas Bedard de l’arène politique. Bédard n’appuyait pas la notion de « Français abandonnés par la patrie ». Il était un « Canayen » qui voulait diriger sa province.

La reconnaissance de ce « fait Français », comme responsable de la rébellion, n’a aucun sens, puisque plusieurs « révolutionnaires » sont Canadiens-anglais.  Ce fameux « fait Français » du Bas-Canada était, depuis le départ de James Murray et de Guy Carleton, l’argument massue du parti « Tory » du gouvernement.  Le seul déclencheur chez les « Canayens » de la révolution de 37 est la nouvelle impression que le Gouvernement de Londres endosse les abus de la « clique » marchande écossaise représentée par le parti « Tory » et rien d’autre.

La confrontation armée s’engagera après l’assemblée des six contés tenu à St-Charles et présidé par Wolfred Nelson et Louis Joseph Papineau. Nous verrons, plus loin, que Papineau n’était pas un « patriote » aussi radical que Nelson qui, lui, ne défend définitivement pas le « fait français ». D’ailleurs, Papineau se retirera aux USA tout de suite après la première victoire des patriotes. On dit que c’est sous les conseils des dirigeants, mais cela est complètement illogique. Il est certain qu’il ne voulait pas combattre. Reste à savoir s’il a voulu la révolte en s’évitant ses dangers. Sa position sociale et la suite de son histoire le laisse soupçonner. À la deuxième bataille, c’est la débandade. Suite au départ de Papineau, les patriotes sont beaucoup moins motivés et tout désorganisés. Papineau reviendra dans son « pays » sept ans plus tard, lors de l’amnistie générale en 1845. Il sera réélu en 1848 et devient alors « annexionniste » avec les USA. Nous avons eu là tout un chef « patriote ». Les autorités en ont fait un « héros »; bravo à eux; quant à moi…

Martin Lefebvre sr est âgé de 23 ans lorsqu’il épouse Suzanne Turner à Ste-Ursule de Maskinongé le 25 octobre 1845.  Les rébellions de 37 et de 38 sont terminées mais ne sont pas encore chose du passé.  L’union du Bas et haut Canada produit la « Province of Canada » en 1840.

Le conseil législatif et le conseil exécutif du Bas-Canada n’existent plus.  La supériorité du nombre de Canayens, s’imposant à chaque élection, est perdue puisque les Anglais du Haut-Canada participent maintenant aux mêmes élections avec une population beaucoup inférieure.  Les finances défaillantes du Haut-Canada sont jumelée aux finances du Bas-Canada encore solvables.  L’usage du français est banni de l’administration.  Le siège administratif de la nouvelle province s’installe à Kingston.  L’ancien Bas-Canada de 650,000 habitants, est représenté au gouvernement, par 42 sièges, tout comme les 450,000 habitants du Haut-Canada. La rébellion de 37 a servi à amoindrir l’importance de la nation « canayenne » et surtout servi à la faire disparaître.

Lorsque les 92 résolutions sont rejetés par Londres; les « Chefs » des Patriotes se retrouvent dans une situation qu’ils ont eux-mêmes provoqué.  Personne ne peut nier que ces patriotes furent des héros.  Personne ne peut nier que certains d’entre eux furent des traîtres à leurs amis; et personne ne peut nier que leurs chefs furent des lâches.  Mais qu’elle différence existe-t-il entre ces héros et ceux qui les ont précédé que nous avons déjà rencontré?

La différence est au niveau psychologique.  Nos premiers héros décidaient individuellement et agissaient selon leur propre perception discutées sur le « perron de l’Église ».  Mais en 37, l’autorité est dans les mains des ecclésiastiques, « à l’intérieur de l’Église » et ce contrôle œuvre maintenant au niveau des esprits et non plus simplement au niveau des comportements. Deux générations de «conditionnement » ont suffit à transformer la société « canayenne » d’hommes libres, en société « canadienne-française » d’oies serviles gavées par les autorités. Deux générations ont suffi à pratiquement annuler cette liberté des « Canayens » qui les avaient précédé.

Les Canayens ont adopté l’habitude de se laisser influencer par la Foi, sans y appliquer leurs convictions personnelles. Convictions qu’ils laissent tomber face à cette Foi commune. Autrement dit : ils ne sont plus ces  coureurs de bois  « indépendants » et « libres » religieux « à leur façon ». L’habitude de se « livrer » avec confiance aux représentants de l’instance Divine, les rend, dorénavant, dépendants de tout individu qui parvient à se hausser à un niveau « supérieur à l’ensemble ».  Ils deviennent « prisonniers » de ceux qu’ils admirent au lieu de simplement leur reconnaître des aptitudes différentes qui les démarquent.  Ils deviennent « malléables ». Une simple photo de Louis-Joseph Papineau démontre cet esprit « élitiste » développé chez nos élus :

Avouez que nous ne sommes pas devant la photo d’un homme qui se croit « homme du peuple ». Il serait « Cardinal » et il prendrait la même pose et le même genre d’habit.

Il n’y a rien de changé chez les « Québécois » d’aujourd’hui. Les marchands anglais et le clergé canadien sont parvenus à transformer nos ancêtres « canayens » en « Québécois » plus ou moins « eunuques » impressionnés par les « titres » de la fonction publique. Remarquez qu’ils sont ainsi plus facile à « gouverner ». Les autorités appelle cette caractéristique « société civilisées ».

Certains de ces « héros » de 1837 laissent entendre la « traîtrise » du clergé et des hommes politiques canayens de l’époque. Par exemple, François Xavier Prieur raconte plus tard:

« …pour n’avoir pas lors obéi aux ordres de l’Église exprimés par nos premiers pasteurs;… On s’attendait à des secours venant des USA et une coopération organisée de la part du Haut-Canada.  Chacun oubliait les malheurs de l’année précédente pour n’envisager que la possibilité du succès et, avec lui, le redressement de tous les griefs réels et imaginaires… J’étais jeune, sans expérience, j’aimais sincèrement mon pays, je croyais à l’existence de tous les griefs énumérés, à l’efficacité du remède proposé… Une chose, cependant, jetait un voile de tristesse sur mon enthousiasme, c’était l’opposition du clergé à notre entreprise… 

Les griefs imaginaires sont justement cette notion de « Français abandonnés par la patrie » que Papineau promulguait; parce que les griefs « administratifs » étaient, eux, très réels. Par contre, l’emprise de l’Église sur son esprit est indéniable.

Également François Chevalier Delorimier dit : «  Des hommes d’un mérite supérieur au mien m’ont battu la triste carrière qui me reste à parcourir de la prison obscure au gibet. »  « battre la triste carrière » est ici synonyme de « battre le chemin vers »; de Lorimier parle donc de la responsabilité des « hommes de mérite supérieur à lui » qui l’ont dirigé vers le gibet, c’est-à-dire : ses chefs.  C’est une accusation très claire.

Il dit également : « Le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas. ». 

Ces deux étoiles représentent les deux républiques canadiennes confédérées que l’on voulait créer : République francophone et république anglophone; c’est à dire: deux Canadas au lieu d’un cadenas. 

Finalement, un autre héros nommé Hindenland, français de Paris, qui sera pendu lui aussi à Montréal, présente les lignes suivantes :

« …Le sang versé sera lavé par du sang : que la responsabilité en retombe sur ceux qui la mérite.  Canadiens, mon dernier adieu est ce vieux cri de la France : Vive la liberté !  Vive la liberté !… »

Que penser de cette« responsabilité qui doit retomber sur « ceux qui la mérite ».  Est-ce que ce ne serait pas ses « chefs » qui l’ont laissé tomber ? Ces phrases sous-entendent, en tous les cas, que lui, ne la mérite pas.

Prieur quant à lui, écrit encore :

       « Je ne comprend vraiment pas, aujourd’hui, comment une pareille idée avait pu prendre de si fortes racines au sein de notre population et survivre, chez nous, condamnés politiques…. »

       Certain choisissent l’indépendance comme étant ce dont parle ici Prieur et l’ajoutent entre parenthèses; mais je pense plutôt qu’il parlait de « nationalité française ». Mon cher Prieur, si tu avais vraiment acquis l’expérience des « coureurs de bois », tu aurais compris tout de suite que la source de tes convictions était « l’art oratoire ».  Les « sauvages » connaissaient depuis longtemps son pouvoir; et Louis Joseph Papineau, le meilleur orateur de l’époque, le savait également.

Un autre « détail » significatif est que Papineau, lors de son discours tenu à St-Charles, tenta de « rafraichir » les esprits échauffés; mais n’y parvint pas car Nelson prenant le plancher aviva la rébellion au maximum. Cette réticence de Papineau pour la révolte armée laisse planer un doute sur sa volonté de créer les deux « républiques ».  Papineau était un politicien depuis 1792; et il « jouait » les émotions de la population pour augmenter son pouvoir politique dans « l’État de l’époque ». Il n’était pas intéressé à « remettre tout en cause » et reprendre à zéro son combat personnel pour le pouvoir dans une république complètement différente. « Un tiens! » vaut mieux que deux « tu l’auras! ».

Comme on l’a vu plus haut, cette rébellion ratée a servi aux autorités cléricales et seigneuriales, vendues aux autorités anglaises, à diminuer le pouvoir des « Canayens » dans leur « patrie ». Ce n’est pas la première fois dans l’histoire, qu’un peuple se fait leurrer par son élite; et ce ne sera certainement pas la dernière. D’ailleurs, notre système démocratique « représentatif » est fait pour ça.

Le fils de Martin sr, Martin jr de la génération suivante, vivra sa vie comme Québécois influencé par le clergé mais malheureux au fond de l’âme, lorsqu’il se rappellera l’épopée de ses ancêtres « coureurs de bois » desquels il avait abandonné la liberté.

Il lui restait, et c’était encore heureux, la possibilité d’aller à la chasse de temps à autre pour se « ressourcer ». Ce dernier ressort est, aujourd’hui, pratiquement éliminé. Il ne nous reste que un ou deux petits « plans », accrochés au garde-fou du balcon, pour nous convaincre d’apprécier l’environnement bétonné de nos villes où se retrouve nos « cages à pigeons ». Je parle, évidemment de « petits plans de tomates cerises ».

à suivre

André Lefebvre

 

 

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

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