Les Spartiates d’Amérique!!!

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ANDRÉ LEFEBVRE  Comme on l’a vu, Jacques-François Lefebvre, fils aîné de Gabriel-Nicolas et de Louise Duclos, premier élève de Winnetou, épouse la très jolie Catherine Lemaître dit Auger, à l’âge de 25 ans. Les deux époux vivent le parfait bonheur. Malheureusement, il est beaucoup trop court, puisque Catherine décède 2 ans plus tard, sans avoir eu d’enfant. Jacques-François en est très affecté moralement. Son rêve d’avoir une belle grande famille, comme celle de son père, avec la femme qu’il aime, vient de s’effondrer.  Pendant les deux années suivantes, il ne sait vraiment pas  quoi faire de sa vie.

Pour lui changer les idées, en 1723, son frère, Joseph Lefebvre dit Villemure, lui propose d’aller faire la traite des fourrures aux postes des Miamis et des Ouyatanons  (aujourd’hui en Indiana,USA). Jacques-François accepte le contrat qui doit durer 18 mois. Il espère ainsi, reprendre goût à la vie. Joseph est charpentier au poste des Miamis; mais il a la permission d’y faire la traite des fourrures.  Jacques-François ne reviendra à Batiscan que… 14 ans plus tard.

Ce poste de Ouyatanon est situé sur la rive droite de la rivière Ouabache.  Les sauvages qui y font la traite sont les Ouyatanons, les Kikapous, les Mascoutins et les Peanguichias. Ils représentent plus de 360 guerriers. Le poste produit de 400 à 450 paquets de pelleteries par année, sans compter le produits du « travail au noir ».

Lorsque Jacques-François arrive au poste de traite, c’est François Marie Bissot de Vincenne qui est le commandant.  Cet officier, âgé que de 23 ans, vit chez les Miamis depuis l’âge de 13 ans. Il est très apprécié par les amérindiens de la région.

Jacques-François survient en pleine guerre contre les Chicachas . Cette tribu guerrière est comparée, avec raison, aux Spartiates de l’antique Grèce.  Bissot de Vincenne, selon les ordres reçus, veut empêcher les Anglais de Nouvelle Angleterre de venir faire la traite avec la tribu des Chicachas, sur le territoire de la Louisiane . Ceux-ci occupent « Chicasaw Bluffs », près de l’actuelle ville de Memphis. Ils peuvent ainsi couper la communication entre le Canada et la Louisiane comme ils le désirent.

La région de Memphis n’est pas seulement celle de l’origine d’Elvis Presley; elle fut, bien avant cela, l’équivalent des Thermopiles en Amérique. Les Anglais profitent de la puissance de ces alliés lorsqu’en 1725, les Chicachas imposent la paix aux meilleurs alliés des Français, les Chactas. Ceux-ci deviennent alors, rapidement, les clients des Anglais dont les produits sont moins chers et de meilleure qualité. On peut deviner la prise de position de Jacques-François Lefebvre qui, lui-même, préfère les produits de Nouvelle Angleterre et se rend à New York pour vendre ses fourrures . Il restera neutre  autant qu’il lui sera possible pour faire son commerce; mais les problèmes de la Louisiane n’en sont qu’à leur début.

Jean-Baptiste Lemoyne de Bienville, frère du fameux Lemoyne d’Iberville, est relevé de ses fonctions de gouverneur de la Louisiane en 1724. Il est suivit de Pierre Duguay de Boisbriand qui, lui, est ensuite remplacé par Étienne Périer de Salvert, en 1726. De Bienville reprendra le poste de 1733 à 1743.

C’est à cette époque que les autorités françaises de la Louisiane prouvent n’avoir rien compris de l’enseignement de d’Iberville, pour traiter avec les « sauvages ».

En Basse-Louisiane, les Natchez sont la tribu la plus puissante et la mieux organisée de la région. D’Iberville en avait fait ses meilleurs alliés. À tel point que les Natchez acceptaient toujours de libérer l’endroit où on voulait installer de nouveaux colons. Ils aimaient, ensuite, s’installer près de ces nouveaux venus dont ils profitaient du commerce. Ce qui avait étonné d’Iberville chez ces indiens, c’est que leur structure sociale se composait d’un chef appelé le « Grand Soleil » qui, lui, contrôlait plusieurs « petits Soleils » chefs de tribu. Ce titre de « Grand Soleil » avait impressionné d’Iberville dont le roi était appelé « le roi Soleil ».

Mais, en 1729, le lieutenant de Etcheparre, commandant du fort Rosalie, exige  que les Natchez  abandonnent une terre, près du fort, où se trouve un tertre sacré pour eux. Il veut y installer sa plantation de tabac. Les discussions s’enveniment, le commandant s’emporte, il insulte les Amérindiens et leur donne un mois pour dégager le terrain. Croyant les avoir maté, le 26 novembre 1729, il laisse le « Grand Soleil », avec certains de ses guerriers, entrer dans  le fort Rosalie. Ceux-ci tuent près de 200 personnes et s’emparent du fort. Rapidement le gouverneur Perier de Salvert envoie des Canayens et des Choctas déloger les Natchez du fort Rosalie. C’est le début de la guerre contre les Natchez qui durera jusqu’en 1731.

Deux ans après le coup sur le fort Rosalie, ayant reçu des troupes françaises, Périer de Salvert est prêt à riposter. Il attaque les quatre villages Natchez, tue un grand nombre de guerriers et envoie 427 prisonniers comme esclaves à l’île de Saint-Domingue. Certains Natchez, s’étant réfugiés sur une île du Mississippi, sont encerclés et annihilés à coup de canon.  La plus remarquable tribu Amérindienne de l’Amérique du Nord est ainsi anéantie. Ce fut le seule génocide perpétré et réussi par les Français en Amérique du Nord; mais cela ne le rend pas plus acceptable pour autant, même aux yeux de ceux qui jugent selon la notion du « moindre mal ».

Plus au Nord, les Chicachas, qui avaient encouragé la révolte des Natchez, continuaient leur combat contre les Français. En fait, les Chicachas étaient les ennemis des Choctas depuis toujours. Ils les faisaient prisonniers pour les vendre aux Anglais qui, eux, les envoyaient  comme esclaves sur leurs plantations, en Caroline. Ce «commerce » durait depuis le milieu du XVIIe siècle. Et comme les Choctas étaient les alliés des Français…Il est bon de remarquer que le même genre de commerce se faisait en Nouvelle France avec les Panis (Pawnees); mais sur une plus petite échelle.

D’Iberville cependant, était parvenu à s’allier les Chicachas durant les années 1680-90; mais les tribus se divisèrent ensuite, entre pro-Anglais et pro-Français. Les Anglais de la Caroline purent ainsi continuer leur commerce d’esclaves.

Peu à peu, les Français équipent les tribus alliées d’armes à feu et en 1722, le commerce des esclaves est, finalement, pratiquement éliminé.  Les Choctas deviennent une puissance dans la région et repoussent les Anglais chez eux. Par contre, les Chicachas, demeurant dans les collines abruptes au Nord-Est du Mississippi, restent impossible à déloger et les affrontements continuent. Ceux-ci  réussissent à bloquer, encore une fois, la route vers le sud de la Louisiane en 1733.

Jacques-François Lefebvre, comme plusieurs autres « coureurs de bois », ne s’implique pas dans ces politiques. Il poursuit, sans trop de problèmes, la traite dans la région en continuant de vendre ses fourrures à New York.

En 1736, Bienville organise une attaque contre les Chicachas avec l’aide d’Artaguette et de Vincenne. Les deux armées doivent se rencontrer à Ackia, la principale forteresse des Chicachas. D’artaguette et Vincenne arrivent les premiers, au début mars, avec 30 soldats, 100 coureurs de bois et encore plus d’indiens. Ils  attendent Bienville pendant trois semaines, qui n’arrive pas. Les vivres commencent à leur faire défaut et ils décident d’attaquer le plus petit des villages Chicachas pour s’approvisionner. Encore là, les 30 soldats français restent derrière pour garder les équipements et on attaque avec les Canayens et les « sauvages ».

Mal leur en prend parce que le village est très bien fortifié et l’attaque est facilement contenue. Au même moment, arrivent 500 guerriers Chicachas qui attendaient, embusqués derrière les collines. Vincenne et d’Artaguette sont coincé dans un feu croisé. Un jeune canayen de 16 ans, nommé « Voison », parvient à faire échapper, de façon ordonnée, 40 coureurs de bois. Dix-sept autres sont capturés, incluant d’Artaguette, Vincenne et le missionnaire Antoine Senat. Les prisonniers sont bien traités au début, parce que les indiens veulent les rançonner, comme d’habitude, en échange de chevaux. Encore une fois, on avait fait combattre des Canayens à l’européenne. La prochaine fois réglerait le sort des Français en Amérique.

À  l’arrivé de Bienville, comme il y avait des femmes et des enfants dans les villages, les Chicachas envoient des délégués aux Choctas pour négocier une trêve. Ils demandent de laisser sortir les non combattants. Les Choctas répondent en tuant les délégués. En rétribution, tous les prisonniers, incluant d’Artaguette et Vincenne, sont  brûlés au poteau.

Le combat s’engage et les canons de Bienville ouvrent une brèche dans les murs. Les soldats français, protégés des balles par d’épais sacs de laine qu’ils portent sur le haut du corps, s’y précipitent avec des grenades aux mèches allumées. Une fois entrés, ils essuient les salves des Chicachas qui leur tirent dans les jambes. Les grenades explosent parmi les soldats français. C’est alors, la retraite des assaillants. Il laissent 70 morts sur place et traînent avec eux plusieurs blessés qui meurent tout le long de la  route jusqu’au fort Tombecbé. Ce fut la pire défaite des Français contre les Amérindiens.

En 1737, Jacques-François Lefebvre décide de quitter la région et reprend la route de Batiscan.

En 1739, Bienville est prêt à laver cet affront avec une armée deux fois plus nombreuse. C’est Alphonse de la Buissonnière qui commande la force venant de l’Illinois.  Ayant fait jonction, l’armée se dirigent vers la région des Chicachas. Cette fois, c’est la météo qui sauve les Chicachas. L’armée française s’embourbe dans les terrains inondés et la maladie décime les soldats. Bienville ne parvient qu’à prendre un petit village et y saisir des otages. En février de l’année suivante, les Chicachas envoie une délégation de paix au fort l’Assomption que Bienville est bien obligé d’accepter. Tout ce qu’il parvient à obtenir est que la route du Sud au Nord soit libérée pour le commerce.

Les Chicachas ne furent jamais vaincus par personne. Ils prirent parti pour la révolution américaine. Ils  rendirent plusieurs services aux USA jusqu’à ce qu’ils soient obligés de vendre leurs terres et soient transférés en Oklahoma. L’argent qu’ils avaient reçu en font des loques humaines imbibées de boisson. Le gouvernement américain leur devait encore 3 millions de dollars. En mai 1861, les Chicachas font sécession des États-Unis. Ils participent à la guerre civile américaine alliés avec le Sud. Ce qui leur fait perdre la moitié de leur territoire. Ils sont, ensuite, convaincus de réintégrer l’Union.

Le gouvernement tribal de la Nation Chicacha est une démocratie, sur le modèle de celle des États-Unis. Les citoyens de la Nation élisent, pour un mandat de quatre ans, un gouverneur et un lieutenant gouverneur qui forment l’exécutif. Le gouverneur est le porte parole officiel de la tribu et peut proposer des projets de loi au législatif de la Nation. Il dirige les affaires courantes, signe les documents officiels et participe ou organise les réceptions officielles. Tout comme le Président des États-Unis, le gouverneur est entouré d’une Administration (sens américain du terme) comprenant diverses divisions et départements.

Le morcellement des terres en 1897  allouant 128 hectares par individus fit disparaître la propriété tribale et permit au gouvernement américain de s’accaparer du reste des 8 millions d’hectares qu’ils possédaient.

En 1908, plus de 85% de ceux qui avaient reçu des terres, les avaient vendu. Aujourd’hui, la nation Chicacha avec celle des Choctas  s’étend sur 13 comtés de l’Oklahoma; mais la tribu ne possède plus que 300 acres de terre commune.

Ainsi se termine l’histoire des Spartiates d’Amérique du Nord, assimilés au moyen des magouilles légales et économiques du gouvernement américain.

Par contre, l’histoire de Jacques-François Lefebvre se poursuit. En 1743, à Batiscan, il épouse en deuxième noce, à 49 ans, Marie Catherine Richard âgée de 28 ans. Sa douleur  s’est apaisée et ils auront une fille appelée Marie-Françoise. Elle épousera en 1761, Prisque Juneau dit Latulippe, dans leur village de Batiscan.

Jacques-François racontera ses aventures au « pays des Illinois », à toutes sa famille jusqu’à son décès le 15 mai 1766 à l’âge de 72 ans. Son neveu Pierre, fils de Louis-Alexis, sera très impressionné par ses récits.

À suivre

André Lefebvre

 

 

 

 

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

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