La mer de l’Ouest ! Ça va pas, non ?

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ANDRE LEFEBVRE

À l’époque où Antoine Lefebvre signe un contrat avec La Vérendrye, son frère Louis-Alexis est âgé de 28 ans. Il est coureur de bois depuis longtemps mais ne s’est pas manifesté officiellement à d’autres endroits qu’au décès du voisin Mathurin Cadotte en 1729. Par contre, dans les relevés de l’histoire Amérindienne, on découvre qu’Alexis est coureur de bois dans l’Ouest en 1722. Il est alors âgé de 19 ans. Cette période se situe 9 ans avant même que Lavérendrye n’entreprenne sa recherche de la Mer de l’Ouest. Il est possible que Winnetou, alors âgé de 48 ans, l’accompagne dans l’Ouest. Ces années sont celles où ses frères s’imposent dans le commerce des pelleteries. Alexis passe plutôt inaperçu.

Une chose est certaine, il s’aventure dans l’Ouest pendant une dizaine d’années avant de prendre épouse en 1734. D’ailleurs, quand son frère Antoine lui annonce en 1731 :

-Alexis! Imagine-toi que J’viens de signer un contrat avec La Vérendrye qui part à la recherche de la mer de l’Ouest.

-T’es pas sérieux! Eh bien, tu fais mieux de ne pas penser à le suivre jusqu’au bout; parce que j’ai passé plus de sept ans dans le coin, et j’te jure qu’y va virer de bord quand y va voir les montagnes qui reculent au fur et à mesure que tu avances dans l’infini de la prairie. La mer est pas mal loin des Grands lacs, mon frère; tu peux te fier à moi. Sinon demande à Winnetou.

-T’inquiète pas, je n’irai pas plus loin que le grand portage. J’ai un contrat sans durée ni destinations. Je ne pars que pour trois mois.

Alexis Lefebvre, avant son mariage, est certainement l’un de ces coureurs de bois qui vivent leurs courts séjours à Montréal avec emphase, brio, grandes dépenses luxueuses et qui « se comportent comme  gens de la noblesse ». Autrement dit, il est l’un de ces aventuriers honnis par le jésuite Charlevoix et l’abbé Guillaume Raynal (qui n’a jamais mit les pieds en Amérique). Ces auteurs sont responsables de la description des coureurs de bois comme étant des individus sans mœurs qui vieillissent et décèdent prématurément à cause de dégénérescence suite à leurs excès. Pour l’instant la seule dégénérescence prématurée chez nos coureurs de bois n’est pas le fait des abus, mais plutôt celui des coups de tomahawks dans le front, ou des noyades dans les rapides. Les autres vivent au moins jusqu’à 70 ans.

Lorsqu’on lit les rapports négatifs sur les coureurs de bois, on se rend compte qu’on leur reproche de réduire la main d’œuvre de l’agriculture dans  la colonie, au lieu de reconnaître qu’ils ouvrent et consolident l’Amérique du Nord aux Canayens, tous en maintenant les bonnes relations avec les Amérindiens. On leur reproche également d’être analphabètes. On a vu et continuera de voir que les fils de Gabriel-Nicolas Lefebvre, pour la majorité, savent signer quand leur père, venant de France, ne le sait pas. Quant à la calomnie au sujet des « intimités » entre coureurs de bois et Amérindiennes, il est facile de constater que la plupart des coureurs de bois  ne prennent qu’une seule épouse et forment ainsi une famille dont les enfants deviendront les métis. Ce qui ne sera pas du tout le comportement des « découvreurs officiels» anglo-saxons. Ajoutons que chez les Lefebvre de ma famille, il n’y a pas eu d’union avec des Amérindiennes; ceci dit sans préjugés. Ajoutons également que notre famille Lefebvre était censitaire sur une seigneurie appartenant aux Jésuites, mais qu’elle a eu très peu de liens, semble-t-il avec les ecclésiastiques.

La réalité est que les coureurs de bois, sans être « religieux » plus qu’il le faut, étaient des hommes au caractère enjoué, courageux, persévérant, sociable, ayant un sens de l’honneur certain et sincère dans leurs sentiments. Ajoutons qu’ils étaient les plus vaillants défenseurs de la colonie. Alexis Lefebvre, fils de Gabriel-Nicolas Lefebvre originaire d’Île de France, était vraiment du nombre.

La description exacte du « coureur de bois » ne pourra jamais être faite par les historiens avant d’avoir dépensé beaucoup de temps sur la généalogie d’une majorité de « Canayens ». Ils découvriront alors que la majorité des habitants/colons étaient également « coureur de bois », tout en étant forgerons, agriculteurs, charpentiers, chirurgiens, juges, miliciens etc.

En 1734, le 4 mars, Alexis Lefebvre épouse Ursule Dubois dit Brisebois née à St-François du Lac (Près de Pierreville). Ce village se trouve sur la rivière St-François qui se jette dans le lac St-Pierre au-dessus de Sorel.

C’est à cet endroit qu’Antoine Plagnol est commandant lorsqu’il adopte Mercy Adams, mère d’Ursule Dubois dit Brisebois. Le mariage d’Alexis Lefebvre et d’Ursule Dubois se fait, cependant, à Montréal. Alexis, Ursule, Charles et Joseph Lefebvre signent le document ainsi qu’un Pierre Noël, sergent, et Bertrand Trutau.

Le 21 mars 1735 arrive la naissance de Joseph-Marie. Son parrain est Joseph Lefebvre dit Villemure (oncle) et sa marraine, Madeleine Lafond dit Mongrain, épouse du juge Duclos. Joseph-Marie décèdera le 12-09-1749 à l’âge de 14 ans.

Le 11 juin de l’année suivante, Alexis signe un contrat de « voyageur » avec Gatineau et Hamelin, vers Michilimakinac, pour la somme de 210 livres. Son frère Antoine (210 livres) et François Papilleau dit Perigny (130 livres) sont du voyage. Le lendemain, son frère Pierre Lefebvre signe avec Moncour, Caron et Lefebvre (probablement Jean-Baptiste) aller-retour vers Michilimakinac pour 130 livres. Trois jours plus tard, son autre frère, Joseph Lefebvre dit Villemure, signe un contrat, comme « Devant de canot », pour le même endroit avec Hurtebize et Desruisseaux pour la somme de 230 livres. En cette année de 1736, nous avons cinq frères, membres de notre famille Lefebvre, « coureurs de Bois » dans les pays d’en haut.

On se rend compte que les montants des contrats de voyageurs baissent d’une façon assez importante durant ces années-là; mais ces contrats sont quand même bien payés puisque ce ne sont que des allers-retours; ce qui indique la qualité efficace de ces hommes. En septembre Alexis Lefebvre est présent au baptême de sa fille Marie-Ursule. Celle-ci épousera Paul Frigon dit l’Espagnol en 1755. Ce couple jouera un rôle un peu disgracieux face au frère de Marie-Ursule, Pierre Lefebvre.

1737, le 22 septembre, naît Louis-Alexis (fils) à Batiscan. Le parrain est François Lefebvre (oncle) et la marraine, Marguerite Thomas épouse de Pierre Papilleau dit Périgny.

Les forges du St-Maurice commencent à vendre les poêles à bois qu’ils fabriquent, en 1738. Alexis s’en procure un pour son épouse, Ursule.

Le 3 juillet 1739 voit naître Marie-Josephte, fille d’Alexis Lefebvre, à Batiscan. Le parrain est le prêtre officiant E. Lauvergnat et la marraine est Marie-Jeanne Mongrain (tante) épouse de Joseph Lefebvre dit Villemure. Marie-Josephte épousera Jean-Baptiste Rivard dit Lanouette le 19 février 1759 à Batiscan.

1741, le 19 mai, naît ensuite Catherine Pélagie Lefebvre fille d’Alexis et d’Ursule Dubois dit Brisebois à Batiscan. Le parrain est Michel Lefebvre (oncle) et la marraine est Marie-Josephe Lefebvre sa tante.

Le 12 mai 1743 est baptisée Marie-Louise Lefebvre fille d’Alexis et d’Ursule Dubois. Le parrain est Pierre Lefebvre (oncle) et la marraine est Marie-Angelique Lefebvre (tante). Marie Louise épousera Alexis Juineau dit Latulippe en 1768 à Batiscan.

Un mois plus tard, Alexis Lefebvre signe, le 18 juin, un contrat pour Michilimakinac avec Pierre Richotte et Etienne Nivard de St-Dizier. Celui-ci deviendra propriétaire d’une maison à Montréal qui est aujourd’hui l’orgueil de Verdun.

Le 1er juin 1744 Alexis Lefebvre et son frère Charles (conducteur) signent un contrat avec Alexis Lemoyne dit Monière pour Michilimakinac. La relation entre Lemoyne de Monière et les Lefebvre de Batiscan dure depuis une vingtaine d’années.

1745, le 5 février, est baptisée Marie-Anne Lefebvre dit Villemure, fille d’Alexis et d’Ursule Dubois dit Brisebois, Le parrain est Jean-Baptiste Lefebvre et la marraine, Marie Magdeleine Lefebvre épouse de Jean Papilleau dit Périgny.

Le 15 novembre 1748, c’est au tour de Pierre Lefebvre, fils d’Alexis et d’Ursule Dubois dit Brisebois, d’être baptisé à Batiscan. Son parrain est son frère Joseph-Marie qui a signé l’Acte et qui décèdera l’année suivante. Sa marraine est sa sœur Marie-Josephte. Pierre décèdera en 1815 à Florissant Missouri à l’âge de 67 ans. Hyacinthe St-Cyr (Hyacinthe-Amable Rouillard dit Sinsire), né à Batiscan, signera comme témoin. Hyacinthe St-Cyr épousera Hélène Hébert le 28 février 1783 à St-Louis Missouri. Ce Pierre Lefebvre est mon ancêtre direct.

Le 12 septembre1749  décède Joseph-Marie, parrain de Pierre Lefebvre, fils d’Alexis et d’Ursule Dubois. Il est âgé de 14 ans.

En 1750 Louis-Alexis signe un contrat de voyageur avec Joseph Lavallée pour se rendre à la Baie des Puants. Il y rencontrera certainement la famille Mouet de Langlade que plusieurs de ses frères connaissent également.

On se rend compte qu’Alexis Lefebvre ne signe pas énormément de contrat « officiels » de voyageur. Cela ne signifie pas qu’il ne « coure pas les bois »; cela signifie que les « salaires » proposés ne sont pas assez intéressants et qu’il préfère travailler « à son compte » comme il avait fait avant son mariage. Louis-Alexis est ce qu’on appellera plus tard, un « free trader ».

Louis-Alexis Lefebvre décèdera le 19 mai 1769 à l’âge de 66 ans. C’est lui qui avait hérité de la terre « ancestrale » de la famille, à Batiscan. Il laissera cette terre séparée en « parts », et ses biens, à ses enfants, dont voici la rédaction du contrat notarié :

« 1769-05-25 Nicolas Duclos notaire, Batiscan, partage de terre,

Partage de biens meubles et d’une terre entre Jean-Baptiste Rivard dit Lanouette et Marie-Josèphe Lefebvre, son épouse, de Ste-Marie, paroisse de Ste-Anne,

Paul Frigon et Ursule Lefebvre, son épouse, de Ste-Marie,

François Lefebvre dit Villemure et Catherine Lefebvre, son épouse,

Alexis Jouisnos et Louise Lefebvre, son épouse, 

Alexis Lefebvre (fils),

Geneviève Lefebvre (majeure), de la rivière Batiscan, Jean-Baptiste Rivard dit Lanouette, chargé du pouvoir de Marie-Anne Lefebvre dit Villemure, novice chez les Ursulines des Trois-Rivières, sa belle-soeur,

le dit Paul Frigon pour et au nom de Pierre Lefebvre, de présent dans les Pays d’en Haut, son beau-frère. »

On voit ici que sa sœur Ursule, avec son mari Paul Frigon, se portent garant de la partie de la terre et des biens revenant à Pierre Lefebvre âgé de 21 ans, absent de Batiscan. On comprend également que Pierre ne peut pas savoir que son père est décédé à l’âge de 66 ans.

À suivre

André Lefebvre

 

 

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Andre lefebvre

Mon premier livre "L'histoire de ma nation" est publier chez: http://fondationlitterairefleurdelyslibrairie.wordpress.com/ André Lefebvre

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