LA CRISE ÉCONOMIQUE DANS TOUS SES MÉFAITS

 

ROBERT BIBEAU    Le monde va mal, l’économie, l’industrie, la finance vont mal, la politique va mal. Les politiciens sont véreux ou ganaches, il n’y a plus d’éthique, de justice, d’équité, de moralité. Pourquoi en est-il ainsi dans tous les pays, ici au Canada, en France et partout ailleurs ?

La corruption et l’assujettissement aux « puissances d’argent » ne sont que les épiphénomènes de ce système décadent. La classe ouvrière l’a bien compris et elle refuse de se mobiliser pour participer aux mascarades électorales auxquelles on la convie régulièrement. Cynisme et mépris s’épandent de ceux-ci vers ceux-là et vice versa et les politiciens bourgeois s’arc-boutent pour sauver leur profession de bouffon pygmalion. Comment fonctionne l’économie capitaliste et pourquoi un Conseil des ministres national n’y peut-il quoi que ce soit ? Voici l’explication des crises économiques éprouvantes.

L’objet d’étude de l’économie-politique

La finalité de tout système social – système fondé sur une économie, une idéologie et une politique singulière – est de se reproduire en tant que système et de se perpétuer. Il en fut ainsi sous l’esclavagisme de la Rome antique et sous le système féodal au Moyen-âge.

La finalité du système capitaliste n’est pas différente. À proprement parler, l’objectif de la classe capitaliste n’est pas d’accumuler des profits maximums, mais plutôt, à travers cette accumulation de profits, de se reproduire en tant que classe dominante, que sa marche inexorable a menée au stade suprême, impérialiste, de développement.

La finalité du système capitaliste est d’assurer la reproduction élargie du capital, qui doit  assurer la reproduction élargie des classes antagonistes (bourgeois – prolétaire), qui doit assurer la reproduction élargie de la société capitaliste dans son ensemble; et pour ce faire chaque grand monopole doit tenter d’arracher le profit maximum, ce qu’il  parvient de plus en plus difficilement à réaliser à mesure que le système monopolistique de propriété se répand sur la Terre toute entière. Ceci oblige chaque oligopole à lutter pour sa survie en écrasant ses concurrents ou en les absorbants, créant un monstre monopolistique encore plus effrayant, anarchique, incontrôlable, obligé de mener des luttes inter-monopolistiques encore plus féroces.

Et ainsi va la spirale concurrentielle, l’objectif de reproduction élargie devenant chaque fois plus difficile à atteindre face à des concurrents toujours plus gourmands, plus géants et plus difficiles à évincer. Ce paradigme opère pour l’activité économique particulière de chaque oligopole et pour l’activité politique nationale de chaque État impérialiste dévoué au service exclusif de ses oligopoles nationaux. C’est pour cette raison que nous affirmons que les monopoles  contrôlent l’économie et la politique d’une nation vivant sous système capitaliste.

Pendant ce temps le système impérialiste de propriété privé des moyens de production et d’échanges ne va pas pour autant crouler chemin faisant. Il faudra le renverser violemment dans chaque pays où il sévit, sinon il poursuivra sa destinée déglinguée jusqu’à déclencher des guerres de repartage des marchés, des ressources et surtout des sources de plus-value comme les première (1914-1918) et  seconde (1939-1945) guerres mondiales l’ont démontré.

Le paradoxe capitalistique – Capital constant -vs-  Capital variable

Le processus que nous venons de décrire fait en sorte que pour ces monopoles la cible est de plus en plus difficile à atteindre – à savoir, la reproduction élargie du capital dans ses deux composantes (Capital constant – CC et Capital variable – CV) à travers l’accumulation du profit maximum par le phagocytage de leurs concurrents. Cette difficulté est engendrée par les contradictions qui entravent le développement normal du système capitaliste, soit la contradiction entre le capital-privé et le travail salarié-socialisé.  Qu’est-ce à dire ?

La richesse « sociale globale » produite dans le cadre du système de production capitaliste se divise en deux parts bien distinctes – la part représentant la somme totale du capital accumulé (CC) – qui est sous propriété privée, faut-il le rappeler – et la part représentée par la somme totale de la valeur de la force de travail (CV) qui est vendue aux capitalistes privés par chaque travailleur salarié-socialisé. Socialisé ce travailleur l’est dans ses rapports de production au travail (dans la division des tâches et dans la négociation de ses conditions d’exploitation), à son domicile et dans ses loisirs, etc. En effet, la famille est la première unité de vie socialisée où chacun contribue selon ses capacités et obtient selon ses besoins – Le père, la mère, les enfants, chacun amène au foyer ce qu’il peut gagner et chacun consomme ce dont il a besoin pour survivre, et ce de façon élargie lorsqu’il s’accouple pour se reproduire.

De ce qui vient d’être écrit, il ressort que pour assurer la reproduction élargie du système économique et social capitaliste il faut assurer la reproduction élargie du capital constant (CC), – qui est de la plus-value cristallisée il ne faut pas l’oublier –, en mettant en œuvre la force de travail de l’ouvrier qui est du capital variable (CV) vivant dont le rôle est de  redonner vie à la plus-value cristallisée précédente (CC) d’où émerge la plus-value nouvelle à distribuer sous forme de profits divers, de rentes, de redevances, d’impôts.

Cette mise en œuvre des investissements capitalistiques (CC + CV) produira un profit possiblement important pour un capitaliste privé, ou pour un consortium monopoliste privé quelconque, qui progressera, il est vrai, mais toujours confronté à ses comparses monopolistiques. C’est ici que réside la source de la concurrence entre ces voraces ennemis. Le plus « profitable » attirera vers lui la plus grande proportion de capital d’investissement (exemple, la compagnie Apple en ce moment croule littéralement sous le capital d’investissement) c’est-à-dire de la plus-value cristallisée disponible à l’investissement pour fructifier via la mise en œuvre du travail salarié de l’ouvrier – le capital variable (CV).

À la longue, le concurrent moins « profitable » aura de la difficulté à se financer et devra songer à fusionner ou à s’offrir sur le marché de la revente ou encore il devra se résigner à la   faillite faute de liquidité pour prendre de l’expansion et se renforcer « prospère et accapare ou stagne et périclite », voilà la doxa impérialiste.

Dépendant des entreprises, ces profits maximaux, moyens ou marginaux  seront par la suite réinjectés dans le processus de reproduction élargie du capital et du système social. Évidemment, un groupe capitaliste comme le groupe PSA en France ou le groupe Chrysler en Amérique, ou le groupe Alcan au Canada, qui empoche le plus faible taux de profit (ce qui n’est pas l’équivalent du taux de plus-value) de leur secteur industriel devront consacrer une plus grande part relative de leur capital d’investissement à leur reproduction élargie et pour cette raison il seront moins « profitables » et leur survie sera mise en péril par le système économique qui les  poussera à se laisser absorber (ce qui est déjà fait pour Alcan absorbé par Rio-Tinto)  pour crime de sous-productivité relative.

Comment dans ces conditions un groupe industriel monopolistique sous-productif pourra-t-il inverser le processus vers la banqueroute et continuer à concurrencer ses acolytes, et comment pourra-t-il attirer à lui davantage de capital d’investissement à réinjecter dans le processus de reproduction, gage de sa survie capitalistique ? C’est ce que nous allons  examiner.

Plus-value (PV) et valeur de la force de travail (VFT)

Nous venons de présenter la contradiction inter-capitaliste qui les pousse à se concurrencer jusqu’à s’entredéchirer, fusionner ou s’exterminer (créant chômage et misère populaire). Mais où se trouve la contradiction fondamentale dans ce processus économique de reproduction élargie du capital et finalement de la société capitaliste toute entière ?

La contradiction fondamentale se trouve au cœur du processus économique. Afin d’assurer la reproduction élargie du capital via l’expropriation du taux de plus-value maximum, ou bien le capital investit sert à engranger les profits – et donc il sert à la fructification du capital constant (plus-value cristallisée) pour le prochain cycle de reproduction élargie – ou bien le capital investit sert à défrayer le coût de reproduction de la force de travail (capital variable CV), ce qui comprend non seulement les salaires mais aussi le fonds de retraite, les assurances collectives, les congés sociaux, la partie qui va aux impôts, taxes et redevances de toutes sortes  visant à payer l’éducation de la main-d’œuvre, les services de santé, les soins destinés aux personnes âgées, la culture, les sports et les loisirs, les transports collectifs, l’assurance emploi, ainsi que les dépenses gouvernementales servant à maintenir en vie l’armée de réserve de la société d’exploitation capitaliste (chômeurs et assistés sociaux), ainsi que l’armée, les services judiciaires, policiers et carcéraux réprimant les récalcitrants. C’est tout cela que la plus-value (PV) extorquée aux prolétaires sert à défrayer.

Le drame de l’impérialisme occidental décadent

Tant qu’il y avait moyen, en Occident, d’assurer des conditions raisonnables de reproduction de la force de travail (travailleurs) en se rabattant sur la surexploitation de la force de travail dans les pays néocoloniaux d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique (exploitation infernale qui dans bien des cas n’assure même pas la reproduction élargie de la force de travail africaine, latino ou asiatique), il était loisible aux capitalistes occidentaux de conclure un contrat social avec certains secteurs des travailleurs occidentaux (syndiqués), et certaines secteurs de la petite bourgeoisie (fonctionnaires, enseignants, cadres…) afin d’obtenir la paix sociale tout en assurant la reproduction élargie du capital occidental à même les surprofits très abondants tirés des néo-colonies (1).

Pour ce faire, les capitalistes monopolistes occidentaux ont investi une partie de leurs capitaux dans les pays néocoloniaux (délocalisation industrielle et transferts de capitaux) et de ce fait y ont fait germer une bourgeoisie nationale monopolistique qui, en Chine notamment, à travers le contrôle de l’appareil d’État national «mandarin», assume aujourd’hui la gouvernance de son propre processus de reproduction élargie capitalistique, bénéficiant de taux de plus-value supérieurs à ceux de leurs concurrents occidentaux étant donné que la part des  capitaux investis consacrée à la reproduction de la force de travail chinoise (salaires, bénéfices marginaux et services publics) est bien inférieure à la part consacrée aux mêmes fins en Occident.

Cela va changer au fur et à mesure que le régime d’exploitation capitalistique se répandra dans toute la Chine «mandarine» amenant chez eux la concurrence monopolistique entre les différents oligopoles multinationaux (GM, PSA, Ford, Bombardier et de multiples entreprises privés et d’État chinoises, etc.). Le processus est similaire en Inde et au Brésil.

Tout ceci aura pour conséquence que si les capitalistes occidentaux – propriétaires privés des capitaux – veulent assurer la reproduction élargie de leur capital et du système social capitaliste en Occident, ils doivent impérativement réduire la part du capital privé et des dépenses gouvernementales consacrée à la reproduction de la force de travail (salaires, bénéfices et services) afin d’accroître la part du produit de la vente des marchandises pré-expropriée en plus-value (PV) et consacrée aux profits et aux rentes, c’est-à-dire au capital de réinvestissement qui doit assurer la reproduction élargie de la société capitaliste.

C’est la raison pour laquelle on assiste depuis quelques années aux assauts généralisés des États capitalistes contre les programmes sociaux consacrés à la reproduction de la force de travail. Aucun parti politique, social-démocrate, réformiste ou socialiste, comme le montre leur collaboration avec le capital depuis un siècle, ne peut inverser cette tendance économique irréversible. La classe ouvrière renversera le système impérialiste de reproduction élargie ou elle subira ses lois autodestructrices et guerrières, il n’y a pas d’autre voie de sortie.

SUITE LA SEMAINE PROCHAINE » LA CRISE ÉCONOMIQUE DANS TOUS SES MÉFAITS

ROBERT BIBEAU

2 pensées sur “LA CRISE ÉCONOMIQUE DANS TOUS SES MÉFAITS

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    5 janvier 2014 à 7 h 42 min
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    je fais une lecture rétrospective de vos écrits et j’apprécie comme autant d’argument militant. mais je ne comprends pas bien ceci:

    « afin d’accroître la part du produit de la vente des marchandises pré-expropriée en plus-value (PV) et consacrée aux profits et aux rentes, c’est-à-dire au capital de réinvestissement qui doit assurer la reproduction élargie de la société capitaliste. »

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    5 janvier 2014 à 12 h 15 min
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    Une phrase complexe en effet

    Le produit de la vente d’une marchandise se décompose en deux parts inégales a) Le salaire (comprenant les bénéfices marginaux) qui sert à payer la marchandise de base qui a pour nom LA FORCE DE TRAVAIL et b) la plus-value qui correspond au surtravail, la portion de la journée de travail qui ne sera jamais versée à l’ouvrier – qui est pré-exproprié – c’est-à-dire convenue avant même que la journée de travail de l’ouvrier ne débute.

    Cette portion non payée de la journée de travail que l’on appel PLUS-VALUE est elle même décomposée en portion qui seront acheminée par le processus du marché en profit industriel (dividendes que les firmes versent a leurs hauts dirigeants et à leurs actionnaires) Bénéfices commerciaux – la part de la plus-value qui est acheminée aux commerçants – grossistes – revendeurs – et la RENTE cette portion de la plus-value qui sert à l’achat de la matière première – et aux bâtiments (rente mobilière et immobilière)

    Ces sommes profits+bénéfices+rentes issues de la PLUS-VALUE partagée entre capitalistes commerçants – industriels et fonciers est réinvestit pour devenir à nouveau du capital productif et faire refaire le circuit de l’investissement + production industrielle et nouvelle création d plus-value + mise en marché des marchandises pour la réalisation des dividendes + bénéfices commerciaux + rentes et le cycle reprend etc. ce que l’on appel le cycle de reproduction élargie du capital productif

    La spéculation boursière – financière – monétaire est totalement en dehors de ce circuit et laisse croire que l’on peur multiplier la valeur (argent représentant de la valeur ) en augmentant la quantité d’argent en circulation sans rien produire sans exploité le travail salarié sans produire de plus-value.

    Faisons une expérience monsieur : déposer une somme d’argent dans un sac et aller le porter dans un coffre personnel à la banque pendant 5 années disons (100000$). Question quand vous ouvrirez votre coffre et votre sac dans 5 ans quelle montant sera dans votre sac ??? Quelle valeur aura votre 100000$ ???

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