Anna Karénine

 

CAROLLE ANNE DESSUREAULT

Je suis allée voir il y a quelques jours le magnifique film Anna Karénine réalisé par Job Wright, tiré du livre de Léon Tolstoï.

Des acteurs bouleversants : Keira Knightley, Jude Law, Aaron Johnson, et d’autres.

Au premier abord, le film surprend, déroute même, en  découvrant que les scènes se jouent dans un théâtre. Le spectateur voit devant ses yeux le décor prendre place et les personnages s’installer dans une posture statique. Puis, c’est la magie, la caméra nous fait entrer dans une scène qui prend vie et on oublie les échafaudages en bois, les costumes et les accessoires pour entrer dans la vie des personnages de la Russie impériale des années 1870. Cette mise en scène superbe nous amène encore plus loin dans l’imaginaire et les émotions qu’un décor traditionnel le fait. Il y a dans le film une intensité extraordinaire et une grande qualité esthétique.

Anna Karénine, c’est l’histoire d’une femme de la haute bourgeoisie mariée à un haut-fonctionnaire, sévère et droit. Elle tombe éperdument amoureuse du comte Vronski, jeune et séduisant. L’histoire se déroule principalement à Moscou et à Saint-Petersbourg.

Mère d’un jeune garçon, elle représente la perfection tant par sa beauté que par son aisance, son amabilité et l’intelligence de ses propos. Le cercle qu’elle fréquente, qu’on appelait «le monde» se compose de gens riches et raffinés vivant dans des maisons spacieuses, des palaces et des datchas (maisons secondaires). Tous ces personnages se reçoivent beaucoup, dînent copieusement, s’habillent royalement, boivent du thé et de l’alcool à profusion. Ils vont au théâtre, au bal. Bref, ils sont très occupés à se rendre visite, et sont évidemment entourés d’une pléiade de serviteurs.

D’ailleurs, en dehors de cette société civilisée appelée «le monde», les autres n’existent pas vraiment, ils ne sont que de vulgaires pions. C’est la masse prolétaire et crasseuse de la Russie qu’on ne veut pas voir. Les plus chanceux parmi eux occupent des postes de domestique dans ces grandes familles.

Si l’environnement du «monde» est vaste et opulent, leur esprit n’en est pas de même. Ces gens sont  stigmatisés par un code de conduite borné et superficiel qui consiste à connaître les usages en société. Il faut savoir quoi dire, ce qu’il faut cacher, ne jamais se montrer troublé, se comporter correctement.

Donc, la belle Anna, très recherchée par sa simplicité (on entend ici par le mot «simplicité» la maîtrise de manières complexes) va connaître la démesure en cédant au charme du comte Vronski. Ils vont s’aimer passionnément. Leur histoire d’amour va faire scandale.

Troublée par des émotions intenses, coincée dans le corset du mariage dont elle ne peut se défaire, avide de vivre un amour absolu et non pas uniquement une relation de plaisir comme beaucoup d’autres dames de son milieu, elle perd peu à peu son équilibre et sombre entre bonheur et malheur. Elle tombe enceinte de Vronski. Depuis le début, Vronski la considère comme sa femme et souhaite qu’elle se libère et demande le divorce. Il ira jusqu’à refuser de hautes fonctions qu’on lui propose pour rester plus proche d’elle. Le mari d’Anna refuse le divorce, et la menace de tout perdre si elle ne met pas fin à son idylle.

Au bout de bien des peines et des disputes, après l’accouchement de sa petite fille, Anna qui a frôlé la mort et Vronski qui a tenté de se suicider, décide de quitter son mari et de rejoindre Vronski qu’elle aime plus que tout au monde. Ils s’enfuient avec leur fille et une domestique en Italie. Ils y vivront des moments de grand bonheur.

Avec le temps, la Russie leur manquera, Vronski commencera à s’ennuyer, et Anna voudra revoir le fils qu’elle a abandonné. Ils décident de rentrer au pays.

C’est ici que le drame s’intensifie. De retour à Moscou, et plus tard à Saint-Petersbourg, Anna s’aperçoit qu’elle est rejetée par la société. Quand elle ose se présenter au théâtre – malgré le conseil de Vronski de ne pas s’y rendre – les gens se détourneront d’elle. De son côté, Vronski conserve la sympathie des gens. On veut même lui présenter des jeunes filles dans le but d’un mariage sain et profitable pour lui. Anna va prendre ombrage de cette différence de comportement entre un homme et une femme, et son caractère va basculer peu à peu dans l’obsession et la jalousie.

L’idée de la mort la hante. L’idée que son amant va cesser de l’aimer la rend dingue. L’idée qu’elle est indigne et coupable ne la quitte plus.

De très belle scènes cinématographiques accompagnent ce conflit profond d’une femme qui découvre qu’elle n’a pas de place en agissant différemment des conventions sociales qui lui sont imposées. Le prix à payer est la destruction de sa personnalité.

Au début, quand elle descend du train à Moscou pour se rendre chez son frère, elle aperçoit avec effarement un homme d’équipe qui n’avait pas entendu le bruit du train qui reculait et avait été écrasé. Anna s’était sentie mal, elle avait dit à son frère que c’était un mauvais présage.

C’est ainsi que l’histoire d’Anna se termine. Elle se jette la tête enfoncée dans les épaules sous la roue d’un wagon en marche.

Un film à voir.

Carolle Anne Dessureault

 

 

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Carolle Anne Dessureault

Née au Québec, Carolle Anne Dessureault a occupé plusieurs postes en administration, dont celui de vice-présidente dans un parc technologique de la province. Elle est auteure de plusieurs ouvrages. Médaillée d'argent en art oratoire chez Toast Masters, elle a donné des centaines de conférences sur le bien-être intérieur. Elle a voyagé dans une trentaine de pays. Elle croit profondément dans l'épanouissement de la personne par la pratique de l'attention vigilante : la pleine conscience.

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